L'agriculture et l'OMC  —  La gestion de l'offre

La gestion de l’offre est le mécanisme par lequel les producteurs de lait, de volailles et d’œufs du Québec et du Canada ajustent leur production afin de répondre aux besoins des consommateurs d’ici. Ces productions sont principalement destinées au marché intérieur, non à l’exportation.

La gestion de l’offre a été mise en place au Canada au début des années soixante-dix. Le gouvernement constatait alors que sans discipline de production, le marché canadien se retrouvait régulièrement avec une surabondance de produits agricoles, ce qui provoquait des baisses marquées des prix payés aux producteurs. Pour assurer la survie des entreprises agricoles, le gouvernement rachetait alors les surplus, ce qui entraînait des coûts importants pour les Trésors publics. C’est une façon de faire qui est encore très utilisée par plusieurs pays.

Devant ce constat, les gouvernements fédéral et provinciaux et les producteurs agricoles ont mis en place la gestion de l’offre. Il s’agit d’un modèle agricole équitable basé sur la mise en marché collective et la planification de la production pour l’ajuster aux besoins du marché canadien.

UN MODÈLE AGRICOLE FONDÉ SUR TROIS PILIERS :

1- La gestion de la production
Les producteurs agricoles se sont engagés à approvisionner le marché canadien en produits de qualité, en quantité suffisante. Ils se sont aussi engagés à ne pas produire de surplus. C’est pourquoi les producteurs de lait, de poulets, de dindons, d’œufs de consommation et d’œufs d’incubation produisent sous quota : chacun a une petite part du marché canadien qu’il s’engage à fournir. S’il y a des surplus, les producteurs s’engagent à en assumer les frais.

2- Le contrôle des importations
De son côté, le gouvernement canadien s’est engagé à limiter l’entrée de produits importés de sorte que les besoins du marché canadien soient comblés principalement par la production canadienne.

3- Une politique de prix couvrant les coûts de production
Le gouvernement canadien a aussi mis en place des mécanismes pour que les producteurs reçoivent des prix qui leur assurent un revenu décent, sans subventions, qui leur permet de vivre de leur production.

Au Québec, en 2003, les productions de lait, de volailles (poulets et dindons) et d’œufs (œufs de consommation et d’incubation) représentent :
  • 8 944 fermes
  • 14 617 exploitants
  • 62 483 emplois directs et indirects
  • 2,2 milliards de dollars de recettes à la ferme
  • 37 % des recettes agricoles du Québec

UN MODÈLE AGRICOLE ÉQUITABLE PARCE QU’IL :

  • assure aux consommateurs un panier de produits de grande qualité et parmi les moins chers au monde;
  • introduit dans le marché une stabilité qui a contribué au succès des entreprises de transformation qui réalisent au Canada des rendements intéressants;
  • ne coûte pas un sou aux Trésors publics;
  • stabilise le revenu des producteurs et permet une meilleure répartition du dollar du consommateur entre les différents maillons de la chaîne, du producteur aux détaillants;
  • assure une production locale d’aliments;
  • évite le transport d’aliments sur des milliers de kilomètres;
  • évite le dumping de surplus d’aliments sur les marchés des pays en voie de développement;
  • favorise une agriculture respectueuse des ressources et des personnes, une agriculture efficace et à dimension humaine répartie sur l’ensemble du territoire canadien.

À QUI PROFITE LA GESTION DE L’OFFRE?

LA GESTION DE L’OFFRE BÉNÉFICIE…
 
  • aux consommateurs, qui ont accès à des produits d’ici, de qualité et à prix abordables
    • Selon une enquête des Producteurs laitiers du Canada effectuée à 19 reprises entre mai 1997 et mai 2006 à Longueuil, au Québec, et à Burlington, dans le Vermont, le panier de produits laitiers est de 14,4 % moins cher au Québec qu’aux États-Unis.
    • Le poulet a été la première production animale au Canada à obtenir la reconnaissance technique de l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour son Programme d’assurance de la salubrité des aliments à la ferme (PASAF). Grâce à ce programme, les consommateurs sont assurés de manger chaque fois des poulets sains et élevés dans les meilleures conditions possibles.
  • aux gouvernements, qui ne versent pas de subventions pour soutenir le revenu des producteurs
    • Un producteur laitier québécois ne reçoit aucune subvention pour soutenir son revenu. Aux États-Unis, ce producteur recevrait 76 000 $ alors qu’en France il bénéficierait d’une aide de 54 000 $ dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune (PAC).
  • à l’industrie agroalimentaire, qui est assurée d’approvisionnements stables et prévisibles
    • Selon la firme Samson Bélair Deloitte & Touche, les transformateurs laitiers canadiens ont réalisé, en 2001, un rendement de 21 % sur l’avoir de leurs actionnaires, se classant dans le groupe de tête du secteur agroalimentaire canadien.
  • aux producteurs, qui obtiennent une meilleure part du prix payé par les consommateurs
    • Le prix d’une douzaine d’oeufs (catégorie A gros) est d’environ 2,50$ dans les marchés d’alimentation. De ce prix, le producteur reçoit 1,44$ la douzaine, ce qui représente près de 58 %. Cela permet au producteur de couvrir son coût de production et d’obtenir un revenu décent, sans subvention.
    • Les producteurs de lait canadiens obtiennent une part d’environ 50 % du prix payé par les consommateurs pour un panier de produits laitiers, contrairement à 20 % pour les producteurs américains.
  • à l’ensemble de la société, qui profite des milliers d’emplois créés chez nous par une agriculture familiale, locale et respectueuse de l’environnement
    • Les productions de lait, de volailles et d’œufs génèrent plus de 60 000 emplois et représentent près de 40 % des recettes agricoles du Québec. Elles sont présentes sur tout le territoire québécois et contribuent ainsi au maintien de l’activité économique en région
    • La gestion de l’offre permet de préserver de plus petites fermes de taille humaine. La ferme laitière moyenne au Québec compte 55 vaches alors que la ferme californienne, en a plus de 650. Dans le secteur des œufs de consommation, la ferme moyenne québécoise compte environ 35 000 poules pondeuses alors qu’aux États-Unis on dénombre des fermes de 8 millions de pondeuses.
  • aux pays en voie de développement, qui ne subissent pas le dumping de surplus de production provenant des producteurs canadiens sous gestion de l’offre, et qui s’inspirent de ce modèle agricole pour développer une agriculture locale
    • Des associations d’agriculteurs et des organisations de la société civile du Canada, de l’Inde, du Brésil et de nombreux pays d’Afrique, réunis à Ottawa le 16 mai 2005, ont déclaré vouloir « préserver et promouvoir les mécanismes d’organisation de l’offre gérés par les producteurs tels que la gestion de l’offre, la commercialisation collective, les coopératives agricoles et les guichets uniques de ventes qui sont actuellement menacés par les négociations de l’OMC ».
  • La gestion de l’offre permet donc de créer un environnement économique stable et équitable où chacun des maillons de la chaîne retire des bénéfices.