Salle de presse

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Notes pour une allocution de M. Serge Lefebvre, président de la Fédération des producteurs des producteurs d'œufs de consommation, prononcée le 28 juin à Genève.

Mesdames et Messieurs de la presse,
Chers collègues agriculteurs,

C'est avec empressement que nous avons répondu à cette invitation de lancer un message aux ministres du commerce qui se réuniront à compter de demain dans le but de faire avancer les négociations agricoles dans le cadre de l'OMC.

Mieux vaudrait un échec de la négociation actuelle qu'un accord sur les bases proposées.

Les conséquences des propositions des pays du G-20 et des pays exportateurs en général pour les producteurs sous gestion de l'offre au Canada, mais aussi pour les agriculteurs du monde entier, en particulier pour les paysans des pays en développement, seraient catastrophiques.

Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, est venu dire à Montréal au début de juin que le Canada devrait accepter des concessions d'accès aux marchés pour ses produits sous gestion de l'offre et qu'il serait compensé par la réduction des subventions et des protections de marché des autres pays.

Les préoccupations des exportateurs dominent à l'OMC alors que le principal marché des agriculteurs du monde est leur marché national. Comment peut-on croire que la libéralisation des marchés agricoles est la clé qui va ouvrir la porte du développement?

  • Moins de 10 % de la production agricole fait réellement l'objet d'échanges commerciaux sur le marché mondial, et toute expansion de ces échanges ne bénéficiera qu'à un nombre restreint de pays.
  • Au Canada, qui est pourtant le 4e plus important exportateur mondial de produits agricoles, 70 % des recettes de la production agricole et de l'industrie agroalimentaire proviennent du marché intérieur.
  • Les prix mondiaux ne sont pas rémunérateurs. On a qu'à voir la crise sans précédent que nos confrères producteurs de céréales, d'oléagineux et de viandes rouges traversent au Canada.
  • Nous estimons que cette situation ne se redressera pas avec ce que propose l'OMC.
  • En effet, le Canada a calculé, pour le compte de l'OMC, que les baisses de soutien causant des distorsions proposées par les plus grands utilisateurs mondiaux de subventions, dans les faits, ne réduiront absolument pas l'aide financière versée à leurs agriculteurs.

Je n'ai pas l'intention en disant cela de jeter la pierre aux agriculteurs de ces pays qui voudraient tous, nous le savons, vivre de prix de marché rémunérateurs plutôt que de subventions, quelles que soient leurs formes ou leurs couleurs.

Leurs gouvernements ont d'autres ambitions. Celles de maintenir la compétitivité de leurs exportateurs et de préserver leur marché en soutenant leur agriculture.

Les producteurs canadiens sous gestion de l'offre ne reçoivent aucune subvention de leur gouvernement. Nous ne pourrons pas soutenir la concurrence des trésors étrangers.

L'Accord-cadre en agriculture de 2004 a prévu que les pays pourraient protéger un certain nombre de produits sensibles. Depuis ce temps, les pays exportateurs se sont acharnés à vider de leur sens ces dispositions dans leurs propositions sur les modalités. Ce que les gouvernements des pays du G-20 ont déposé comme proposition ouvrirait complètement le marché canadien des produits sous gestion de l'offre. Ce serait une catastrophe pour nous.

Nous serions totalement exposés à la concurrence de pays qui, soit subventionnent leur agriculture, soit produisent dans des conditions climatiques que nous ne pouvons pas importer.

La vision du commerce agricole des agriculteurs du monde n'est souvent pas celle qui est défendue par leur pays respectif.

Les préoccupations de la majorité des agriculteurs, avant l'accès aux marchés des autres sont :

  • d'avoir un revenu équitable, du marché, sans dépendre des subventions;
  • de pouvoir nourrir leur propre population, sur leur propre marché intérieur;
  • pour la majorité des paysans des pays en développement, la première préoccupation est de nourrir leur famille (80 % des gens qui ne mangent pas à leur faim dans le monde sont des petits paysans) et d'avoir accès à la terre, aux semences, à l'eau, au crédit, à la technologie;

Si les négociations de l'OMC achoppent, les gouvernements devraient mettre à profit la pause pour écouter véritablement leurs agriculteurs plutôt que les multinationales et les exportateurs. En ce sens, la déclaration conjointe de Hong Kong qui préconise un accord agricole reconnaissant le droit des pays d'adopter des politiques qui visent la souveraineté alimentaire constitue pour les agriculteurs que je représente la voie que devraient privilégier nos représentants à l'OMC.

Merci de votre attention

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